Un seul agent vaut mieux que plusieurs : ce qui a changé, et pourquoi

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En 16 mois, Anthropic est passé des équipes d'agents à l'agent unique doté de compétences. Ce qui a changé, pourquoi, et ce que donne cette doctrine appliquée à notre développement commercial.

Lundi 26 octobre, la newsletter IA du JDN titrait "Changement de doctrine chez Anthropic : un seul agent vaut maintenant mieux que plusieurs". Le mot doctrine n'a rien d'exagéré, car il y a 16 mois, c'est la même entreprise qui démontrait l'inverse, et nous appliquons cette nouvelle doctrine depuis début octobre à notre propre développement commercial.

Ce qui a changé

En juin 2025, Anthropic racontait comment il avait construit son outil de recherche avec une équipe d'agents, un agent principal qui distribue le travail à des agents spécialisés, et le résultat était spectaculaire : 90 % de mieux qu'un agent seul sur ses propres tests, au prix d'une consommation de calcul bien plus élevée. Le marché a suivi, et depuis, on propose aux entreprises des "équipes d'agents", un pour la relance, un pour le support, un pour la veille, coordonnés par un chef d'orchestre.

Le 22 octobre, la même entreprise publie un article qui dit presque le contraire : équipé de compétences, un agent unique fait souvent mieux que ces architectures, en qualité, en coût et en rapidité, et l'un de ses clients a vu son système tourner environ 2 fois plus vite le jour où il a tout regroupé dans un seul agent. Les agents spécialisés ne disparaissent pas pour autant, mais ils ne se justifient plus que dans 3 cas :

  • quand un seul agent a trop d'informations à garder en tête,
  • quand plusieurs travaux doivent avancer en même temps,
  • quand il a trop d'outils pour choisir le bon.

Pourquoi

L'article en donne 3 raisons, et la première devrait parler à tout(e) dirigeant(e).

Les agents copiaient l'organigramme. Chaque équipe construisait son agent, puis une équipe centrale ajoutait un chef d'orchestre par-dessus, si bien que l'architecture finissait par reproduire l'organigramme, avec ses cloisons. Anthropic écrit d'ailleurs qu'il voit trop souvent des entreprises donner à chaque équipe, ou à chaque type de problème, son propre agent.

Les détails se perdaient en route. Comme un dossier qui passe de service en service, chaque passage de relais entre agents fait perdre de l'information, et chaque coordination ajoute du délai.

Les modèles ont changé. Depuis la fin de 2025, ils savent gérer bien plus de choses dans une seule boucle qu'on ne l'imaginait, et surtout, un agent peut désormais disposer de nombreuses compétences sans être encombré, car il n'en voit qu'une courte description et ne charge le détail qu'au moment où il en a besoin. C'était la principale raison de découper le travail entre plusieurs agents, et elle a disparu.

Ce que nous en avons appris en l'appliquant

Nous n'avons pas attendu l'article pour faire ce choix, et ce que décrit Anthropic correspond assez exactement à ce que nous avons observé.

Dans une vente, presque tout se perd entre deux rendez-vous, la relance qui ne part pas, la réponse qui attend 3 jours, le rendez-vous préparé dans le taxi. Un agent par tâche aurait obligé chacun à relire les mêmes échanges et à connaître les mêmes personnes, alors nous avons gardé un seul agent, avec une seule mémoire de qui est qui, et 6 compétences écrites, chacune avec ce qu'elle reçoit, ce qu'elle produit et ce qu'elle n'a pas le droit de faire :

  • Écouter : relever qui a accepté une invitation, répondu ou réagi à une publication.
  • Relancer : préparer le message de suite de chacun.
  • Répondre : préparer un brouillon de réponse avec nos vraies disponibilités.
  • Préparer : rédiger, la veille de chaque rendez-vous, une fiche sur la personne et les questions à poser.
  • Se souvenir : écrire le compte rendu d'un rendez-vous enregistré et ce qui reste à faire.
  • Trouver : proposer, 2 fois par semaine, des dirigeant(e)s qui correspondent à notre cible.

Une seule mission a son propre agent, vérifier chaque semaine si les moteurs d'IA citent notre site, car elle travaille sur d'autres données et à un autre rythme. C'est notre seule règle pour séparer un agent, et elle rejoint les critères d'Anthropic : une tâche qui porte un autre nom ne suffit pas.

Le reste tient en 3 principes :

  • Un rythme : l'agent passe 3 fois par jour, à 9 h, 13 h et 18 h, et ne traite qu'un travail à la fois.
  • Un seul guichet : ses propositions arrivent par lots sur mon téléphone, et rien de ce qui part sous mon nom ne part sans moi.
  • Du test and learn : un pouce levé parti sans validation le 5 octobre, un "Bonjour Jean" écrit à un Jean-Serge le 11, deux jours de travail bloqués le week-end dernier sans que personne ne le voie, et à chaque fois, une correction testée puis vérifiée.

Les premiers chiffres, relevés dans le journal de l'agent depuis le 1er octobre, sont encourageants :

  • 86 % des invitations envoyées ont été acceptées, 307 sur 358,
  • 21 % des messages de suite ont reçu une réponse, 54 sur 254, dont 13 % avec une vraie question, un intérêt ou une demande d'échange,
  • 11 rendez-vous ont été réservés avec 10 personnes, clients potentiels, partenaires et prescripteurs, soit l'équivalent de 4 % des personnes relancées.

Rapportés aux personnes qui ont accepté l'invitation, ces rendez-vous représentent 3,3 %, soit des résultats aussi bons, voire meilleurs, que ceux d'une équipe dédiée, puisque les agences de prospection obtiennent autour de 1,3 % selon l'étude publiée par Belkins.

Ce que la nouvelle doctrine ne règle pas : la fatigue d'alerte

Un seul agent est plus simple à organiser, mais il reste à le surveiller, et sur ce point, c'est encore Anthropic qui est le plus franc. Dans le prospectus de son introduction en Bourse, rendu public le 26 octobre, l'entreprise écrit que la supervision humaine de ses agents peut être limitée par la vitesse et le volume de leurs actions, et que les personnes chargées de relire peuvent souffrir de "fatigue d'alerte", manquer de contexte ou ne pas relire à temps.

Voilà pourquoi, chez nous, le rythme compte autant que le guichet : 

3 passages par jour et des lots courts, c'est un volume qu'une personne peut vraiment relire, alors qu'un guichet où l'on valide sans lire devient très vite un simple tampon.

C'était déjà la question que je posais ici le 29 septembre, à propos des agents d'OpenAI : qui surveille les vôtres ?

La méthode, en 6 étapes

Si vous voulez appliquer la nouvelle doctrine à vos ventes, voici l'ordre que nous suivrions, avec la question à se poser à chaque étape.

1. Lister les pertes, pas les tâches. Où se perdent vos ventes entre deux rendez-vous ? C'est là, et seulement là, que l'agent a sa place.

2. Un agent, des compétences écrites. Vos agents copient-ils votre organigramme ? Donnez plutôt à un seul agent des compétences décrites par écrit, avec ce que chacune reçoit, produit et n'a pas le droit de faire.

3. Séparer seulement quand il le faut. Pourquoi ce deuxième agent ? S'il ne travaille ni sur d'autres données, ni à un autre rythme, mieux vaut en faire une compétence de plus du premier.

4. Un rythme fixe. À quelle heure passe-t-il ? Des passages réguliers plutôt qu'un agent qui tourne en continu, et une file où les tâches attendent leur tour.

5. Un seul guichet de validation. Qui relit, et combien ? Un seul endroit, un seul geste, et des lots assez courts pour être vraiment lus.

6. Test and learn, journal et alerte. Que corrigez-vous, et qui voit une panne ? Chaque erreur se teste, se corrige et se vérifie, chaque compétence a une limite de volume, et une alerte vous prévient le jour même.

Piloter avant de multiplier

Pendant 16 mois, on a appris aux entreprises à multiplier les agents, comme on multiplie les services quand on grandit. Anthropic dit aujourd'hui l'inverse, et c'est plutôt une bonne nouvelle pour les PME, car avant de construire une équipe d'agents, il leur suffit d'apprendre à en piloter un.

Sources