Entrée en bourse d'Anthropic : notre dashboard interactif pour comprendre l'opération
L'histoire jugera s'il s'agit de l’IPO du siècle, de la décennie ou juste du moment. Mais pour l'heure, l'annonce ce lundi 26 octobre du géant américain de l’IA Anthropic du dépôt auprès de la SEC son document d’enregistrement (formulaire S-1) en vue de son introduction en bourse est un événement. Pour y voir plus clair avant l'opération, le Journal du Net a développé avec l’IA un dashboard interactif qui décrypte cette opération inédite.
Une perte en trompe-l’œil
Premier constat en parcourant les 289 pages du prospectus d’IPO : la perte de 80,7 milliards de dollars ne dit pas tout. Le chiffre ne signifie pas que la scale-up a réellement dépensé 80,7 milliards de dollars de plus qu’elle n’en a gagné. Sur ce montant, 72,4 milliards proviennent d'une opération comptable : la réévaluation de ses obligations convertibles, dont la valeur augmente avec celle de l’entreprise. La perte n’est donc en réalité "que" de 693 millions de dollars sur le semestre, pour un chiffre d’affaires de 16,3 milliards, contre 1,2 milliard un an plus tôt. Au deuxième trimestre, Anthropic a même dégagé son premier bénéfice opérationnel, de 974 millions de dollars.
Un CA englouti par le calcul
Mais son chiffre d’affaires (CA) est très largement absorbé par le compute (ce n’est pas une nouvelle, mais on mesure mieux les ordres de grandeur). La puissance de calcul, utilisée pour l’entraînement et l’inférence de ses modèles, accapare plus de la moitié de son CA. Si Anthropic a diversifié ses approvisionnements en signant avec huit fournisseurs différents (Broadcom, SpaceXAI, Google, Amazon, Microsoft, Nscale, Lambda et AMD), ses engagements cumulés dépassent, selon nos calculs, 650 milliards de dollars, soit quarante fois son CA semestriel. Des fournisseurs de calcul qui, en plus d’encaisser les fonds d’Anthropic… développent pour quatre d’entre eux leurs propres modèles (SpaceXAI, Amazon, Google, Microsoft).
La marge et SpaceX sous surveillance
Enfin, plusieurs signaux méritent, selon nous, une attention particulière. Premièrement, la marge. Anthropic l’annonce d'aillerus elle-même dans son prospectus : elle va se comprimer. Car chaque nouvelle capacité de calcul pèse sur les comptes avant de générer des revenus (un cycle inhérent au modèle économique des éditeurs de LLM). Anthropic anticipe également un ralentissement de sa croissance avec une saisonnalité plus marquée (les fêtes de fin d’année 2025 ont fait baisser les dépenses des clients de Claude d’environ 20% en deux semaines). Surtout, et c’est l’élément principal qui saute aux yeux de tout investisseur aguerri : SpaceX.
Le contrat signé avec le groupe d’Elon Musk est le plus lourd en rythme mensuel (3,1 milliards de dollars par mois une fois toute la capacité livrée, d’ici décembre 2026), et il peut être résilié avec 90 jours de préavis à partir de 2027. Si SpaceX décidait de lâcher Anthropic, l’éditeur de Claude devrait se passer de son premier fournisseur de calcul en seulement trois mois. Une équation compliquée et une vraie dépendance.
Un pouvoir qui ne se partage pas
L'éditeur de Claude prévoit de coter ses actions de classe A sur le Nasdaq sous le nom "ANT", avec Goldman Sachs et Morgan Stanley qui pilotent l'opération. Mais le pouvoir, lui, tiendra dans une seule action. Juste avant la cotation, Anthropic émettra un titre de classe F, sans aucun droit économique, confié à ses sept cofondateurs. Il pèsera à lui seul 50,1% des droits de vote. Wall Street pourra financer l’éditeur de Claude, mais pas le diriger.