L'Insee annonce que le PIB français a reculé de 0,1% au troisième trimestre
Le produit intérieur brut de la France a reculé de 0,1% au troisième trimestre, a annoncé vendredi 30 octobre l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), après avoir stagné au deuxième trimestre (+0,0%) et reculé de 0,2% au premier. Ce chiffre marque une contre-performance inattendue alors qu'une légère hausse était anticipée. Cette évolution alimente les craintes d'une entrée en récession de l'économie française.
Un enchaînement de mauvais résultats
Depuis le début de l'année, la croissance se situe ainsi pour la deuxième fois en territoire négatif. A ce stade, il ne s'agit pas d'une récession technique, définie par deux trimestres consécutifs de croissance négative. Mathieu Plane, économiste à l'Institut français d'économie (IFE, ex-OFCE), signale cependant : "Il suffirait d'une petite révision à la baisse du deuxième trimestre pour que ce soit le cas".
Fin octobre, l’acquis de croissance s’établit à 0,2%. Cet indicateur correspond à la croissance attendue si l’économie stagnait jusqu’à la fin de l’année. Pour atteindre l’objectif de croissance de Bercy, fixé à 0,5%, le PIB devrait progresser de 0,9% au quatrième trimestre, précise l’Insee.
Au troisième trimestre, la croissance a basculé dans le rouge sous l'effet de plusieurs facteurs. L'investissement a de nouveau reculé, de 0,6% après 0,5% au deuxième trimestre. Le commerce extérieur a aussi apporté une contribution négative de 0,6 point, alors qu'il suivait de nouveau une trajectoire positive depuis 2025. A rebours des anticipations, les exportations ont nettement diminué de 1,7%, pendant que les importations ont légèrement progressé de 0,1%.
A l'inverse, la consommation des ménages progresse un peu davantage que prévu : elle augmente de 0,4%, contre 0,2% au deuxième trimestre. Ce rebond s'explique par les achats de voitures électriques, qui ont bondi après la flambée du prix des carburants, ainsi que par la consommation d'électricité, portée par les canicules et l'usage des appareils de climatisation. Mais la baisse de 0,5% enregistrée pour la seule consommation de septembre montre que les événements ont fortement conduit les ménages à limiter leurs achats.
Inflation et climat social dégradé
En octobre, l'inflation a de nouveau accéléré : elle a atteint 3,4% sur les douze derniers mois, après 3,1% en septembre. En octobre, le moral des ménages est tombé à son plus bas niveau depuis juin 2013. Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas, assure : "La confiance est à un plus bas historique, l'état d'esprit des Français est très négatif : ils craignent une hausse des taux d'intérêt et une aggravation du chômage".
Les manifestations, les violences et des dégradations de commerces, dans un contexte de tensions sociales, ne favorisent pas les dépenses. L'augmentation des taux d'intérêt, en lien avec le coût auquel la France emprunte sur les marchés, ne va pas contribuer à relancer l'investissement. Jeudi 29 octobre, la Banque centrale européenne a toutefois temporisé : elle a renvoyé à décembre une possible hausse de ses taux directeurs.
Interrogé sur Franceinfo, le ministre de l’Economie, Roland Lescure, a dit que "l’économie française est à l’arrêt" et qu’elle "ira dans le mur" sans "le redressement budgétaire qu’on a mis dans le budget". Néanmoins, les coupes budgétaires risquent de peser encore davantage sur le pouvoir d’achat et, indirectement, sur la consommation comme sur l’activité économique.
Pour sa part, l’économiste Sylvain Bersinger ne croit d’ailleurs pas à cette hypothèse. Fondateur du cabinet Bersingéco, il analyse : "Les projections pour la croissance des trimestres et années à venir sont globalement négatives au vu des nombreux risques macroéconomiques : choc inflationniste, possible bulle de l’intelligence artificielle, blocage politique, hausse des taux souverains notamment".
Selon Mathieu Plane, par rapport à nos voisins européens, qui ont enregistré une croissance moyenne de 0,6%, la France a fait un premier trimestre catastrophique.
Incertitudes et facteurs de risque
La situation dans le détroit d’Ormuz, ainsi que celle du Proche-Orient dans son ensemble, suscite également des inquiétudes. Mathieu Plane ajoute : "Si le pétrole s’installe aux alentours de 100 dollars le baril, on ne sera pas dans le même scénario". Stéphane Colliac estime qu’une éclaircie pourrait venir de l’aéronautique et affecterait positivement les exportations. Il explique : "il y a toujours un coup de collier sur la production en fin d’année, d’autant qu’on a pris du retard au deuxième et au troisième trimestre".